14 mars 2008

Sur Eric Chevillard et sur l'athlétisme


dans le domaine des équipements – automobile, électroménager, informatique –, à prix égal, la sélection s’opère en fonction de critères de qualité objectifs distingués par des commentateurs experts et par les consommateurs eux-mêmes. les malentendus sont rares et les produits les plus fiables, les plus ingénieux, les mieux conçus dominent le marché. observons à présent la liste des meilleures ventes de littérature.


au café, à la table voisine de la mienne, un jeune homme dit à son amie :
je ne lis plus, c’est trop long.


bons mots, paradoxes, analogies foudroyantes, l’être humain est un prodige d’esprit et d’invention jusqu’à l’âge de 6 ans, puis, sérieusement repris en main par ses éducateurs, il n’énoncera plus sa vie durant que des sottises et des platitudes, un trait ultime digne de ses premières élucidations fusant parfois encore cependant de la bouche de l’agonisant.



é r i c c h e v i l l a r d [ l' a u t o f i c t i f ]





je lis très peu de blogs. tenir le mien à peu près propre me torture bien assez comme ça. et puis, ce que je lis le plus souvent me paraît si nuisible et me provoque tant de fatigue que je me jette par terre et m'endors aussitôt. c'est presque pavlovien comme réflexe ; c'est à ce point que, par peur de ne plus jamais me réveiller, j'évite d'allumer l'internet à mon travail où peu s'en faut que déjà je me meure d'ennui.

il est un blog pourtant dont j'aime à suivre tous les jours les nouveautés. depuis que je le consulte, je traîne chaque matin un peu plus longuement en pyjama devant l'ordinateur, et je rate presque à tous les coups ensuite mon autocar. j'aime le blog d'éric chevillard, où l'auteur s'astreint au tour de force de renouveler quotidiennement son triple trait d'écriture belle et souple, fraîche et intelligente, courte et drôle. pour moi, c'est un moment rare de littérature athlétique, de lancer du marteau, que je ne manque plus jamais et qui me choque pour la journée d'une décharge d'électricité.

il se trouve que chevillard parle justement, dans un article récent, de cette nouvelle discipline poétique pratiquée à même l'ordinateur. sur le fond, j'adhère très globalement à ce qu'il dit au sujet de ce sport. d'autres gymnastes s'expriment aussi au même endroit, chacun y allant de son idée du meilleur entraînement, du meilleur régime, parmi lesquels charles pennequin, à qui l'on aurait bien tort de ne pas prêter une oreille.





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nota bene. charles pennequin signale que les déclarations livrées par lui pour l'article susmentionné ont été assez vilainement ciseautées. au total, seule la partie intéressant les blogs a été mise en ligne. je m'autorise à reproduire ici le morceau manquant. la question posée était : être écrivain, c’est un métier ? comment vit un écrivain ? de quoi ? quelle est la part de l’activité d’écriture dans sa vie ?

sportive, la réponse :

je ne peux pas répondre pour un écrivain. je réponds pour moi. et moi je ne sais pas qui c’est, au juste. qui se cache derrière pennequin ? qui est l’écrivain, qui est l’auteur ? qui habite dans la personne connue sous le nom de charles pennequin. charles pennequin dirait, s’il avait un peu de conscience qu’un écrivain ne vit pas, ou s’il vit il est travaillé, trop travaillé, par la mort. on devrait toujours être en pensant vivre au bord de l’effondrement. là je m’effondre, je ne suis dans aucun concept. les concepts c’est bon pour les publicistes, qu’ils soient dans la littérature, ou dans l’art, ou dans la publicité, ce sont des publicitaires. les autres écrivent demain je meurs. voilà le concept ! la même année j’écrivais : je fais de la poésie parce que demain je suis mort. on ne s’est pas téléphoné pour se passer le mot, c’est d’une logique évidente. à un moment donné celui qui écrit cherche ses mots, comme si c’était les derniers, comme si la terre allait s’effondrer sous ses pieds. c’est la fin de tout. il n’y a pas possibilité de comprendre la vie et de la rendre, on veut rendre la vie en parole, on veut revenir à elle par retour de bande, c’est-à-dire que nous ne revenons au lieu que par l’écrit. c’est très dommageable, car nous ne sommes pas faits pour cette vie là. pour ma part, à l’heure actuelle, je suis révolté contre tout. je ne peux plus tenir un crayon, c’est l’asphyxie totale. aujourd’hui je suis entre la vie et la mort. hier aussi, car j’ai vu mon ombre et je me suis dit que c’était la dernière fois que je la verrais. il faudrait parler du suicide. tous les jours penser au suicide. tous les jours ne jamais louper son suicide. ceux qui n’y pensent pas nous préparent de chouettes lendemains ! ceux qui ne pensent pas à se suicider tout le temps ce sont ceux qui vont nous faire marcher sur la tête prochainement. toutes les institutions (même philosophiques ou artistiques) sont contre le suicide, c’est-à-dire contre la recherche d’une forme de vérité. l’écrivain lui est à la recherche de cette vérité. l’écriture c’est vouloir parler en vrai. l’écriture c’est dire : la vérité est un vide. la vérité est déchargée, mais nous mettrons des balles dedans.

il eût été regrettable que ceci, véritable coup de pistolet dans le stade en direction des gradins, ne nous traversât pas un peu le visage.


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pan ! pan !