8 septembre 2012

Fassbinder, La mort en fanfare


Kamikaze


Mais je m'esbays d'une chose : qu'ils se suivent comme des grues. Car l'un ne dit que ce que l'autre a dit.

Guy de Chauliac, Grande chirurgie (1363)


Pourquoi oppose-t-on la fiction et le récit vécu ? Leur écriture exige le même art de mentir, et la même véracité.

Tony Duvert, Abécédaire malveillant



Il y a pas mal d'années, paraissait aux éditions du Quartanier une manière d'objet littéraire relativement difficile à identifier d'Alban Lefranc autour de Rainer Werner Fassbinder. Je ne savais rien du réalisateur allemand, dont les films d'ailleurs m'emmerdent toujours un peu, mais j'avalais le livre d'une traite, aspiré par l'écriture et étonné qu'on puisse bâtir tout un roman, pratiquement une mythologie, sur les omoplates fragiles d'un cinéaste réel. Depuis lors, bien sûr, le genre "biographie imaginaire" a fait florès, généralement pour le pire, et (pour le meilleur) rarement avec cette intensité.

Depuis lors, le livre en question a grandi, été revu, amendé, augmenté. Il est devenu adulte. C'est cette version nouvelle qui sortira la semaine prochaine sous le titre : Fassbinder, La mort en fanfare (éditions Payot & Rivages).

J'avais pour projet d'imaginer plein de phrases au sujet du beau livre d'Alban Lefranc, mais je vois que Noémi Lefebvre vient déjà de tout dire. Je serai comme ces médecins-grues du Moyen Âge déplorés par Chauliac, et ne veux surtout rien dire d'autre que ce qu'a dit ma devancière, car j'y ai vu la vérité. Il me restait à être purement informatif.


Extrait :

Voilà, ça s'est passé le jour de mon anniversaire, très soudainement, j'étais dans la cuisine, la débauche tonnait dans les pièces adjacentes, j'avais envie d'enculer Christian, de sucer Ludwig, ou le premier qui me passerait sous la main, et j'ai compris, j'ai compris que je fuyais ainsi ma véritable nature, j'ai compris que sans amour je n'étais rien, que je cherchais autre chose au fond dans tous ces orifices, j'ai compris les versets de Paul : "Quand j'aurais le don de prophétie, la connaissance de tous les mystères et de toute la science, quand j'aurais la foi la plus totale, celle qui transporte les montagnes, s'il me manque l'amour, je ne suis rien. Sans la charité, je ne suis qu'une cymbale retentissante."


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